Rémi Fraisse, un an après

Ce jour là, le 25 octobre 2014, je me souviens, je marchais sur cette étrange sol jonché de souches d’arbres visiblement déchiquetés avec du très gros matériel sur une surface impressionnante, avec aussi pas mal de résidu de « batailles » et une substance répandue partout pour « assécher » le sol pour que l’eau n’y pénètre plus (et oui c’était bien une « zone humide »…), sur une surface grande comme plusieurs stades. Plus loin, à 100 mètres de là, du fight avec les condés, pardon les gendarmes, c’est pas pareil à ce qu’il paraît… En tout cas ça fightait pas mal déjà! On pourrait se demander pourquoi sont-ils venus alors qu’un rassemblement festif de concerts, de conférences, de forums et d’ateliers non-violent était prévu depuis longtemps… Peut-être venaient-il protéger des canalisations en béton entreposés là que personne n’était en mesure de déplacer d’un seul centimètre? Aucune machine à casser, aucun engin de chantier à saboter, tout avait été enlevé avant…mais ils sont venus quand même et ils n’ont pas fait semblant…

la seule photo que j'ai prise sur la ZAD, le 25 octobre, mon grand frère (à gauche) et des amis de Marseille que j'étais étonné de voir à Sivens.

la seule photo que j’ai prise sur la ZAD, le 25 octobre, mon grand frère (à gauche) et des amis de Marseille que j’étais étonné de voir à Sivens.

Il était 16h à peu près, je marchais sur la ZAD avec un de mes grands frère qui habite à Castelnau-Montmiral, des gens me reconnaissent, l’ambiance est joyeuse, ça jongle, ça tchatche, les débats on commencé, plein de monde arrive par vagues, malgré les check-points des flics et les contrôles aux faciès… on croise des amis, on cherche le plateau musique. Moi je devais faire un concert le lendemain, y’avait plein de groupe le samedi et plein d’autre le dimanche, je devais jouer à 21h, j’étais content de pouvoir participer à tout ça et aider la lutte à ma manière, comme je l’avais fait un an auparavant à Notre-Dame des Landes.

Seulement voilà, vers 2H du matin, un gendarme à tué Rémi Fraisse, un jeune gars de 21 ans, botaniste, qui était venu ce week-end pour participer au rassemblement, qui a même passé une partie de la nuit à défendre la ZAD… au péril de sa vie. C’est un coup de fil en fin de matinée de celui qui s’occupait du plateau musique, bénévole lui-aussi comme tout les gens qui avait rendu ces deux belles journées possibles. Journées gâchées, meurtries, blessées et sur la ZAD tombe une nuit froide chargée de questions, après les très éprouvantes manifestations du jour même à Gaillac, ou la police à encore usé de violence, un mouvement pleure un décès, ont le matraque, tout va bien…

Nous marchons avec un ami entre les feux, la réalité de la ZAD ce 26 octobre 2014 au soir : manger, avoir chaud, s’en remettre… autour de la cuisine, un son, une sono branchée et des dizaines de MC qui se succèdent… probablement des gens qui étaient venus, parfois de loin, pour offrir un concert de soutient, pour contribuer, comme les artistes dit « en développement » le font généreusement dans ces évènements, à fédérer les cœurs. Un genre d’open mic forcément gonflé de chagrin et d’envie de prendre du recul… on était tous frustré aussi que tout ait été annulé. Alors j’ai moi aussi pris le micro… un bout de « Bla-Bla Durable », un bout de « Quand J’entends le mot France » et une impro ou je parle de Rémi, à ce moment là on ne connait pas son nom, on sait juste que le copain qui a perdu la vie s’appelle Rémi.

One Response to “Rémi Fraisse, un an après”

  1. duval 02/11/2015 at 17 h 10 min #

    beau texte ..On dirait une triste réalité…

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